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Sommes-nous prêts à payer le prix de la souveraineté ? la vrai ?
Économie

Sommes-nous prêts à payer le prix de la souveraineté ? la vrai ?

La souveraineté en Afrique est un enjeu majeur, marqué par un désir croissant d'autonomie face aux influences étrangères et à l'héritage colonial. Elle se décline en souverainetés économique, militaire (avec des puissances comme l'Égypte, l'Algérie, le Nigeria), numérique et narrative (le droit de se raconter). Les défis incluent les conflits internes, la dépendance aux ressources et la nécessité de renforcer les institutions.

Prenons de la hauteur : Depuis quelques mois, chacun a compris l’importance de ne pas dépendre d’une source unique de produits agricoles, d’énergie, de matières premières, de composants, d’armement. Et de bien d’autres choses. Mais ce dont je parle concerne l’actualité internationale et donc une problématique à laquelle est confronté nombre de grands pays pour ne pas dire de très grand pays.

Oui les États-Unis, l’Europe, la Chine, font également la chasse aux dépendances. Personne, nulle part en Occident au moins, ne veut plus se trouver en situation d’avoir besoin d’attendre l’accord des Chinois pour avoir les aimants nécessaires à son industrie automobile. Aucun industriel chinois ne veut plus dépendre des microprocesseurs graphiques et des plateformes de calcul fabriqués hors de leur pays-continent. Aucune entreprise américaine ne veut plus dépendre des Chinois pour les terres rares et les matériaux critiques.

Les Européens réalisent la situation dans lesquels ils se sont placés en n’ayant aucun acteur sérieux dans les messageries numériques, les monnaies digitales, les centres de données et les matériaux critiques, sans compter leur vieille dépendance aux énergies fossiles venues d’ailleurs. Alors oui, aucun pays ne veut dépendre d’autres pour se nourrir.

Quel prix serions-nous prêts à payer pour échapper à ces dépendances ?

D’abord, la souveraineté est inflationniste. C’est très évident, quand elle se manifeste par des droits de douane, qui visent à réduire l’incitation à acheter des produits étrangers. Tout aussi évident quand il s’agit d’assurer la production des produits agricoles vitaux. Un peu moins évident quand il s’agit de diversifier nos sources d’approvisionnement en matériaux critiques, en terres rares, en composants électroniques, en microprocesseurs, en sources d’énergie fossile.

Moins encore évident, mais tout aussi réel quand il s’agit d’investir pour se doter de ressources et d’usines sur le sol national recyclant des matériaux déjà utilisés, ou développant des sources nouvelles d’énergie, ou des installations de raffinage de matériaux très largement disponibles à l’état brut, mais raffinés pour l’essentiel aujourd’hui en Chine.

Déjà, aux Etats-Unis, l’inflation revient, en raison de cette obsession antichinoise, principale menace à la souveraineté américaine, et en raison d’une politique anti-immigré faisant apparaitre la dépendance totale de l’économie américaine aux 31 millions de travailleurs nés à l’étranger, dont près de la moitié sont encore en situation irrégulière et dont dépendent toutes les industries et tous les services américains. On peut donc s’attendre à ce que la question de l’inflation, c’est-à-dire du pouvoir d’achat pèse plus que jamais dans les prochaines échéances électorales aux États-Unis et, dans une moindre mesure, en Europe.

Ensuite, la souveraineté est fiscalement coûteuse : pour être souverain, il faut se lancer dans des investissements très lourds, que le secteur privé ne trouvera pas toujours utile d’initier. Il faudra que l’État intervienne plus activement par des réglementations pour inciter à consommer des produits locaux et pour imposer aux productions étrangères des barrières, tarifaires ou non. La souveraineté supposera des impôts supplémentaires ou des choix budgétaires exigeants.

Ensuite la souveraineté est géopolitiquement contraignante. Elle oblige à diversifier ses alliances, à multiplier ses sources d’approvisionnement, à prendre garde à ses ennemis, même parmi ses alliés.

Enfin, la recherche de souveraineté est militairement exigeante : Pour être réellement souverain, il faut que ses armements soient produits nationalement, ou au moins par des alliés fiables, ne pas dépendre d’eux, ou au moins pas d’un seul, pour les renouveler, pour disposer de pièces de rechange, et pour en avoir un droit d’usage plein et entier. Plus encore, il n’y a pas de véritable souveraineté sans préparation au combat. En clair, on ne peut pas être souverain, ultimement, si on n’est pas prêt à mourir pour la liberté de ses enfants.

Oui, la liberté a un coût. Mais elle rapporte aussi un bénéfice : Sur le terrain économique, ce sont les nations ayant les premières pris conscience d’un risque de manque et ayant eu la force d’y répondre qui ont développé les technologies de remplacement de ces manques : Les Provinces-Unies, avec l’industrie des colorants, quand elles étaient trop dépendantes des céréales. La Grande-Bretagne avec l’industrie du charbon fossile, quand les sources d’énergie antérieures se sont taries. Plus largement, la lutte contre les raretés, et la recherche de la souveraineté ont été à la source de la plupart des innovations majeures et des alliances des deux derniers millénaires ; elle peut encore, aujourd’hui, conduire, en Europe, à un sursaut scientifique et technologique et au rassemblement de nations comprenant que leur souveraineté passe par un altruisme rationnel à l’égard de leurs alliés.

Mal pensée, la recherche de souveraineté conduira à la récession, à l’inflation, à la xénophobie, à la dictature et à la guerre, comme cela s’annonce dans toutes les tentatives nationales populistes qu’on voit fleurir aujourd’hui aux États-Unis, en Europe et en Asie.

Alors de vous à moi, que pensez-vous de la souveraineté des États d'Afrique ? Plus précisément, celle des États des zones CEDEAO, CEMAC, SADC et du Maghreb ? Je vous demande d’y réfléchir finement.

En réalité et c’est ce que je crois, et c’est valable pour tous les pays, la volonté d’être souverain ne peut être en réalité qu’une occasion de rapprochements entre voisins pour penser ensemble un monde plus dynamique, plus juste, plus innovant, plus durable, et plus pacifique.

Et s’il faut forcément flatter nos égos de panafricains, être en mesure de nourrir convenablement nos populations sans faire appel à l’extérieur suffirait à cet effet. Arriver à la soigner et à bien l’éduquer serait extraordinairement un bonus.

BOUGONOU D. Youssouf