Même le plus fieffé des optimistes ne peut nier que l’Afrique, entourée de prédateurs, n’est pas à la hauteur des enjeux : on y travaille beaucoup moins qu’ailleurs, les jeunes sont presque tous en inactivité, ceux qui ont une activité, s’occupe professionnellement mal, voir presque pas, peu d’entreprises nouvelles y surgissent ; les innovateurs sont quasi inexistants ; les entreprises étrangères y détiennent les secteurs clé ; on continu d’y faire des enfants sans moyens de subvenir à leur besoins fondamentaux ; on y forme beaucoup moins sa population sur tous les autres continents.
Et c’est particulièrement vrai que nombre de pays d’Afrique noir ressemblent aujourd’hui à un camion fou sans tableau de bord fiable, lancé dans une grande descente, avec des pseudos chauffeurs sans permis de conduire et se disputant le volant.
Sans aligner trop de chiffres, juste quelques-uns : quand la Chine consacre 9% de son PIB à la recherche et l’innovation, et l’Europe mois de 3%, l’Afrique cherche encore aujourd’hui à comprendre ce que signifie ces deux mots.
Quand les Etats-Unis affichent un taux de chômage de 4%, l’Europe 7%, dans certains pays du continent, s’intéresser à connaitre ce chiffre peut être ressenti comme une provocation.
En Afrique, dans presque toutes les villes du pays, l’Etat demeure le premier employeur. Il est exceptionnel de voir ne serait-ce qu’un seul employeur disposant de plus d’effectif que les fonctionnaires dans des villes entières. Dans beaucoup de pays d’Afrique de l’ouest par exemple, rare sont les villes de plus de deux cent mille habitants pouvant présenter un employeur enregistrant une vingtaine d’employés permanents. Autre fait est de constater que dans beaucoup de pays, la moitié de la dette publique est liée à la mauvaise gestion des projets, à un moment où les systèmes scolaire et sanitaire sont aux abois, et où la natalité explose, rendant impossible et de plus en plus improbable la capacité des pays de répondre aux besoins fondamentaux des populations.
Quand l’Asie améliore de façon extraordinaire son système pédagogique, l’Afrique a le plus grand mal à freiner la descente dans les abimes du sien.
Quand les autres pays ont un gouvernement, avec un budget, des priorités claires et un horizon suffisamment éclairci pour que les entrepreneurs aient un peu envie d’investir, l’Afrique noir tout en considérant que seul ceux qui viennent d’ailleurs peuvent apporter le développement de leur économie, confond encore malheureusement aujourd’hui le mot entrepreneur avec celui d’investisseur.
On oublie d’ailleurs d’intégrer que la folie d’investir en Afrique par ceux qui viennent est subordonnée à l’appartenance à un groupe d’intérêt. Celui des Africains trainant en réalité à s’inventer, s’établir et prospérer.
Quel avenir peut-il se tracer ainsi en Afrique, pour les Africains ? La prise de conscience et l’éveil viendra de qui ? de quoi ? Du politique ? De la société civile ? Des populations ? Il faut s’interroger.
Qui assumera la volonté de faire de l’Afrique noir un continent isolé, moyen, sans volonté d’excellence et de puissance, un continent qui se flattera d’être gouverné par des militaires parce que les super diplômés auront montré leur incompétence.
Comment ne pas comprendre, qu’applaudie par la « populace » et par tous les nostalgiques d’un panafricanisme imaginaire, cette déviance sans fin ne fera qu’aggraver la crise des pays.
Les élites et d’ailleurs nos enfants et frères continueront de la quitter, les investisseurs en faisant autant car ceux-ci non plus n’apprécient guère les incertitudes.
La dette publique continuera d’augmenter jusqu’à ce que les marchés, le FMI, ou l’UMOA viennent rappeler encore et toujours le réel, comme ils ne cessent de le faire depuis des lustres attirant l’attention encore une fois sur l’effondrement du niveau de vie des populations.
Et c’est ce qui attend encore pour longtemps l’Afrique noire. Par la faute de ceux qui n’ont pas eu le courage, depuis tant d’années, d’entreprendre les réformes nécessaires, en préférant jouir du pouvoir plutôt que de s’en servir pour porter plus haut leurs pays. Et de tous ceux qui, aujourd’hui, lâchement, rallient les puissants à venir, pour ne pas perdre leurs privilèges d’aujourd’hui.
On a encore la possibilité de réagir. De ne pas se résigner. De ne pas prendre acte d’une étrange défaite. De mettre en avant une jeunesse magnifique, qui ne demande qu’à se mettre au travail et à s’ouvrir au monde, qui enrage de voir la place laissée aux rentiers de toutes nature, alors qu’on manque tant d’ingénieurs, de professeurs, d’infirmières, d’ouvriers qualifiés, de médecins, de paysans, et de tant d’autres métiers vitaux pour l’avenir du pays.
Cela suppose des réformes courageuses. Par exemple, les pouvoirs publics doivent accepter de voir leurs domaines d’intervention baisser au profit des acteurs privés indépendants ou tout au moins relativement affranchis et apte à se développer avec l’obligation de devenir de grands employeurs nationaux à l’instar la fonction publique. Et il faut bien encourager l’édification de véritables groupes d’intérêt trans-pays et transrégionaux dans tous les domaines possibles sous les multiples formes juridiques plus ou moins adaptées au secteur d’activités et aux enjeux.
Il ne reste pas beaucoup de temps pour réagir. Pour donner le pouvoir aux plus jeunes. La réponse n’est sûrement pas dans les pouvoirs publics, qui n’arrive pas dans ses formes actuelles à proposer et ne pensent qu’à continuer à profiter des prébendes publiques.
Le fait est que les solutions sont à trouver ailleurs. Elles sont dans un sursaut des entreprises, des associations, des syndicats, des chercheurs, des jeunes, des gens de bonne volonté, qui croient encore que l’Afrique doit viser l’excellence et rester, pour cela, ouvert au monde. C’est au sein de celui-ci que se trouve les sources d’un éveil. En espérant qu’il ne tarde pas trop.
BOUGONOU D. Youssouf
